Parlons peu ou n’en parlons surtout pas…

Toujours très intéressant de sentir l’engouement suscité par l’organisation d’une campagne visant à sensibiliser « les gens » sur la diversité. Les esprits s’échauffent, les égos se confrontent. Chacun tire la diversité de son côté comme une couverture trop petite pour être partagée ( ?). Soudain, les idées fusent et alimentent un agenda mis en place spécialement pour l’occasion.

La stratégie est, dans un premier temps, d’attirer le plus de badauds et de les sensibiliser à la cause dans un deuxième temps.

Comment attirer des personnes qui pensent que le monde est déjà diversifié et que le fait de célébrer l’existence de groupes tel que les LGBTIQ, les musulmans, les femmes, les personnes à mobilité réduite ou encore les africains (les blacks quoi, pour ne pas dire les noirs parce que ce propos est sale et le but ici est de ne pas blesser) isole les personnes concernées au lieu de les sublimer. Oui c’est ce qu’ils pensent. Ceux-là qui parviennent encore en 2017 à dire qu’ils ont quatre amis musulmans, que le prof de piano d’Elodie, la cadette de famille, est gay et qu’ils vont souvent au Burkina Faso pendant les vacances. Le fait de compter tes amis musulmans, d’appeler le prof de piano le pédé et de venir te masturber l’empathie au Burkina Faso démontre qu’il y a encore du chemin à parcourir dans notre chère Helvétie. Ces gens-là sont dans la bonne catégorie, ils sont caucasiens. Ils sont dans la catégorie définie par défaut. Du coup, pour eux le fait de reconnaitre à Teddy Riner des qualités athlétiques hors du commun est déjà une marque d’ouverture et de….tolérance. Le mot est lancé. Oui la tolérance madame soyons tolérants que diantre ! Ce joli mot qui veut juste dire que nous permettons aux autres d’être là mais sous certaines conditions. Un beau rideau de fumée qui laisse présager une acceptation onirique de l’autre. Bullshit.

Alors oui comment fait-on pour attirer des gens et montrer à quel point nous sommes avant-gardistes sur la question de l’acceptation de l’autre ?

Un buffet avec les différents mets de « plein de pays » ça c’est de la diversité ! Avec un rouleau de printemps dans une main et un samoussa dans l’autre on pourra enfin se faire accepter par Bertrand qui est déjà allé trois fois au Sri Lanka et qui adore les paysages. C’est bon les gars nous y sommes. La diversité est juste entre le pot de guacamole et les beignets congolais, attention tout de même à ne pas trop déplacer la moutarde de Dijon.

Tu te demandes sûrement à quoi sert ce pavé. Moi aussi pour être honnête. Je suis complètement déconnecté de ce qui se passe autour de moi. Comment peut-on se dire que nous sommes fiers de notre différence alors que nous sommes encore au stade où nous supplions les gens « normaux », les gens qui sont par défaut dans la norme, de nous accepter. En fin de compte parlons-nous vraiment dans le fond de ce qui pêche ?

Alors oui pour bien se faire voir IL FAUT être visible à ce genre de manifestation, montrer que nous faisons un effort alors qu’au fond on vient gratter un p’tit déj gratos. Équivalence complexe qui réside dans la démarche qui consiste à se convaincre que le fait d’être ici montre que je vous accepte.

Mais comment on fait avec le paradoxal positionnement du féministe misogyne, du noir justifiant un racisme anti-noir assumé, de la femme dont l’esprit est pétri par un patriarcat toxique ? On en parle ou pas ? Parlons-nous de l’introverti n’ayant pas les ressources suffisantes pour crier ce qu’il pense de ce théâtre burlesque ?

Bon alors qu’est-ce qu’il y a ? Vais-je trop loin à soulever des points qui ne sont plus à l’ordre du jour ? Je n’en sais rien, peut-être. Je ne saurais peut-être jamais étant donné que mon interlocuteur à la bouche pleine de cupcakes et comme nous le savons tous, c’est malpoli de parler (de diversité)la bouche pleine. Alors Shhhhh

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Une réflexion sur “Parlons peu ou n’en parlons surtout pas…”

  1. En effet, la tolérance, l’intégration et la diversité sont des mots ou des concepts dont nous, « humains modernes », avons de la peine à assimiler. Le cœur parle peu ici-bas; je me demande si le mot « évolution » est une pluie qui n’a jamais purifié nos cervelles hydrophobes ? Nous nous voyons sans nous percevoir, des neurones s’entrechoquant en circuit fermé empêchant… de célébrer l’existence.

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