Gil-Scott Heron grand-père de Wetu…

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Comment commencer ? Comment t’interpeler ? Cher Gil-Scott, Tonton Gil-Scott, Vieux père ou même affectueusement Papy.

Je m’excuse d’avoir mis autant de temps à t’écrire. Je voulais d’abord sortir la tête de l’eau pour reprendre le souffle nécessaire et crier au monde que si aujourd’hui je n’ai plus peur c’est grâce à toi. J’ai ramassé les pièces de mon puzzle sur Pieces of a Man, compris le sens de ma thérapie sur I will take care of you dans des moments où, au bord de la crise de nerfs, j’ai serré les dents tellement fort à en faire saigner mes gencives. Les paroles adressées à soi-même ont plus de sens que si elles étaient offertes à autrui. Indulgence bien ordonnée commence par soi-même.

Aujourd’hui on me dit plus engagé dans mes écrits. Est-ce vraiment une surprise ? Je me suis endormi sur The Revolution will not be televised pour me réveiller sur The Prisoner. Aucune surprise. Ecrire, écrire, écrire et ressurgir des tréfonds pour conjuguer le « je » et le «nous ». Gil-Scott Heron la première et dernière fois que je t’ai vu sur scène c’était au Montreux Jazz. Tu jouais avant Erykah Badu. Avec ton détachement habituel tu ironisais sur ton sort en disant que tu avais été samplé par plusieurs artistes et que pour toi ça signifiait que la fin était proche. C’était un 11 juillet de 2010.

Depuis Wetu a changé, il a voyagé, fait des rencontres, essuyé quelques échecs, a beaucoup ri et est devenu pluriel. Mon père sait bien pourquoi il m’a nommé ainsi.

Tu es un BAOBAB (oui en majuscule), un des piliers de toute une culture que les ignorants qualifient d’urbaine alors qu’elle est tout simplement aérienne et traverse les âges et se mue au gré des révolutions sociales. Révolution c’est le mot. Tu devrais voir ça Papy. Aujourd’hui les lignes bougent dans la sueur, les pleurs et le sang. La parole se libère, les langues se délient et les cœurs servent de métronome pour rythmer la transformation des normes. On enterre plus les nôtres que ceux d’en face mais je garde espoir. Comme on dit ce qui est en haut est en bas aussi et les reines qui enterrent leurs enfants restent des reines.

Tu m’as appris à redéfinir mon univers avec mes propres contours et reliefs. Aujourd’hui quand je crie « LIBERTE !» je te vois sourire et pouffer la fumée d’une énième cigarette. Le poil hérissé, le pouls qui bat des records de vitesse, les aisselles humides, la veine qui traverse le cou prête à exploser, l’œil révulsé, le poing serré qui vient s’écraser sur le torse et la verve qui jaillit des tripes comme la lave du volcan. Tout ça c’est toi.

Tu m’as ramené vers Coltrane et Miles et j’ai reconnecté avec la substantifique moelle ; le jazz. Cette musique de nègres aux senteurs de terre battue, couleur rouge sang et Blue Note.

Je pourrais t’écrire des tomes et des tomes sur les bienfaits que ta musique et tes écrits m’ont apporté mais ma pudeur me l’empêche et à ma petite échelle je ne peux que te dédier mon prochain texte, celui d’après et celui qui suivra.

Rest in poetry, rest in power, the revolution will not rest.

Pour mon vieux Gil-Scott de ton arrière petit devenu pluriel. Your Soul And Mine.

 Wetu….ils peuvent venir à dix je suis des millions.

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